Pour qui ?

Abdelhamid Niati
3 min readMay 30, 2022

Regarde cette ville, celle que tu visualises en ce moment. Tu vois cet immeuble de 15 étages ? Maintenant, tu le vois. Je te laisse lui donner une couleur, mais je t’impose cet homme au sommet. Approche-toi de lui par la droite et observe son regard hésitant. Il tremble, car il hésite ; je saute ou je ne saute pas ? Si je me laisse glisser, je n’aurai plus de prises et aucune chance de me rattraper. La véritable question qu’il devrait se poser est la suivante : “Je veux vivre ou non ?” Simplement. Ses tremblements le trahissent parce qu’il souhaite renoncer à poursuivre son existence. Pourquoi au juste ? Il pense avoir raté sa vie et ne jamais rien avoir réalisé Au début ça l’empêchait de dormir puis l’angoisse est passée de phase nocturne à phase diurne. Il pense cela, car c’est un perfectionniste compulsif. Rien n’est assez parfait pour lui. Il met la barre tellement haut qu’il renonce à prendre son élan pour faire ce qu’il aime vraiment faire et ce que certains attendent de lui. De ses mains sont nés de formidables proses, de belles histoires, mais pour passer au format plus long, ça bloque. Il a peur de décevoir. La peur, cette émotion primaire qui peut nous bloquer ou nous protéger. Tout dépend de l’accueil qu’on lui fait.

Question : qui fait l’unanimité ?

Dieu lui-même n’est pas adoré par toute sa création, comment un humain pourrait l’être ? . La perfection est divine, l’imperfection est humaine, raisons pour laquelle nous commettons tant d’erreurs, pour baliser nos projets, corriger le tir, mais surtout nous perfectionner et devenir meilleurs que nous ne l’étions hier. On avance en faisant, en se trompant, en trébuchant. On ne perd pas, on apprend.

La distance qui sépare notre homme de la fin est la hauteur de cet immeuble et la durée de quelques secondes. Que veut-il perfectionner ? A-t-il endossé malgré lui une figure divine qu’aucun humain ne peut avoir ? Désire-t-il vraiment en finir ?

Notre homme vient d’en prendre conscience. Le voilà qui recule et expire au fur et à mesure que son corps s’éloigne du bord. Il relâche sa respiration. Il prend conscience de ce qu’il allait faire et de ce qu’il voulait réellement faire. Il a envie de vivre d’un seul coup, et d’essayer de faire ce qu’il aime faire. Il va commencer par se faire plaisir et s’aimer. Vouloir plaire au monde, c’est se dissoudre dans les bouches ennemies.

Se plaire à soi-même, c’est emporter l’adhésion des âmes sincères et bienveillantes. Des âmes parfois en sommeil qui se mettent à scintiller dès lors qu’elles sont stimulées. Une stimulation qui se fait par la découverte d’une plume encore jamais lue jusque-là. Nos écrits nous survivent tout comme les âmes. Les deux sont immortels.

Pourquoi attendre pour écrire l’éternité ?

Pas de limite en vue donc en avant. Notre homme descend du toit avec un sentiment de honte d’être tombé si bas, puis une joie immense d’être en vie remonte en énergie, les yeux humides. Il est un peu déboussolé et tremble encore. Son premier objectif est de regagner son foyer, ensuite de voir les siens puis les autres. Il veut se nourrir des autres pour ensuite les nourrir.

Il vient de prendre conscience de la beauté de son existence et que la première personne à satisfaire, c’est lui.

Abdelhamid NIATI

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Abdelhamid Niati

Writer, content manager and business coach. I am also the Head of people and the Content Manager for a non profit organisation created in Africa.